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2 recueils de nouvelles

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À demain... et bonne chance !

ISBN - 9 -791034 - 366682

 

Trois longues nouvelles futuristes constituent ce recueil.

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Elles ne sont nullement peuplées de robots, d'inventions extravagantes ou de voyages interplanétaires, mais seulement de gens identiques à nous qui évoluent dans un monde qui ressemble à celui que nous connaissons.

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Ces vues d'un futur assez proche pourront apparaître assez inquiétantes, même si j'ai tâché de les terminer par des notes relativement positives.

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Gardons en tête que notre avenir sera régi par des lois votées par les élus que nous choisirons.

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Dix nouvelles originales aux thèmes variés et à consonances fantastiques.

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En 2006, ce recueil m'a valu d'être un lauréat du "Concours de la Création Artistique",

catégorie littérature, organisé par : 

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"Chacun a fait des rêves ou des cauchemars dont les lieux, les personnages et l'histoire semblaient tellement réels, même une fois éveillé. Qui sommes-nous ? D'où venons-nous ? Où se situent le début et la fin des choses ? Qui a créé quoi ?…

 

Du réel à l'irréel, du cartésianisme pur et dur à l'imaginaire devenu réalité, la frontière est parfois mince et peut se franchir malgré soi. Les personnages du présent ouvrage  vivront cette expérience ou fourniront quelque réponse à de grandes questions métaphysiques, bien qu'ils soient souvent, au départ, des gens ordinaires comme vous et moi."

 

Dans ces nouvelles, où seule la première évoque une "dame blanche" comme on en trouve un peu partout dans la littérature fantastique, le reste est strictement issu de mon imagination et reflète parfois nombre d'interrogations personnelles auxquelles j'ai apporté quelques réponses, très personnelles également.

Mon "fil rouge" aura été de tenter de toujours situer l'action à la frontière entre le réel et l'imaginaire, afin que le lecteur n'arrive plus à savoir précisément dans quel partie il se situe.

Quelques "explications de textes" sont disponibles avec ce lien. Il est toutefois préférable d'avoir lu les nouvelles avant pour apprécier des explications qui dévoilent leurs contenus.

Une adaptation cinématographique de la première nouvelle du recueil a été réalisée en 2015 par une association passionnée de création cinématographique (La Marotte à Montchanin, Saône-et-Loire, contact@lamarotte.fr).

La trame principale ainsi que l'essentiel des dialogues ont été conservés. Par contre la chapelle n'est pas la même. Celle du texte ne se prêtait pas suffisamment au tournage, pour diverses raisons. La chapelle du tournage se situe au hameau de "Maison Dru" (maison druide), sur la commune de Saint-Symphorien-de-Marmagne.

La différence principale entre la nouvelle et le film est que "Jeanne" apparaît plus inquiétante dans le court-métrage que dans la nouvelle, où j'ai surtout voulu montrer l'amour qui pouvait survivre à la mort, entre une mère et sa fille.

Si le texte original vous intéresse, je vous l'offre ici

Film visible gratuitement

https://www.youtube.com/watch?v=vM5C65dbXZU (débit internet moyen)

http://www.lamarotte71.fr/chapelle.html (bon débit internet)

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La nouvelle qui suit m'a fait obtenir le premier prix du Concours de nouvelles de la Fête du Livre d'Anost (à l'unanimité du jury, s'il vous plaît !) en 2003.

Le thème imposait d'imaginer son village, dans 20 ou 30 ans...

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Cette nouvelle me valut aussi de recevoir ma première douche glacée d'éditeur. J'explique...

Je venais de recevoir mon prix, tout ému par le discours glorifiant du responsable du concours, encore ébloui par les flashs et les questions des journalistes venus écrire leur papier cet après-midi-là.

Un éditeur régional était présent (il y en a souvent sur les salons) et j'étais justement à la recherche de ce genre de personnes pour mon recueil "On est tous des clowns".

Tout auréolé de ma "gloire", je l'aborde toutefois humblement et avec grand respect pour lui parler de la chose. Aussitôt sa réponse tombe, cinglante : "Des nouvelles ? Sûrement pas ! Cela ne m'intéresse pas !..."

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Floralies symphorinoises.

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      L'histoire que je vais vous conter débute vers 2020, à Saint Symphorien-de-Marmagne.

      À l'époque, mon village était habité par quelques artisans, un hôtelier-restaurateur, trois agriculteurs se répartissant âprement les terres laissées vacantes par leurs aînés et par une population de huit cents âmes en âge scolaire, retraitée, employée à la ville voisine ou, hélas, chômeuse.

   Cette situation ne générait plus suffisamment de revenus, essentiels pour l'entretien, la gestion et les investissements indispensables à la commune. Pouvait-on augmenter sans cesse les impôts locaux pour y faire face ? Cette éventualité rencontra un rejet systématique de tous les administrés. Il fallait donc trouver une solution innovante et, naturellement, la tâche en incomba au maire. Travailleur infatigable, ce dernier se creusa les méninges jour et nuit, sans parvenir à y déterrer la moindre idée géniale... Jugeant, avec perspicacité, que l'union fait la force, il annonça par voie de presse et d'affichettes que toute la population était invitée à réfléchir aux solutions possibles pour trouver de nouvelles ressources financières, puis à venir les présenter lors d'une réunion publique ultérieure.

    Comme toujours en pareille circonstance, il était bien difficile de prévoir le nombre de personnes qui allaient se sentir concernées par le projet. Notre maire hésita longuement sur la taille du chapiteau nécessaire à l'accueil de ses troupes avant de passer commande. Le moment venu, malheureusement pour lui, la Fête du Livre d'Anost avait acquis une dimension européenne et tout le stock des Chapiteaux du Centre lui était réservé, depuis longtemps… Comme la date de réunion était déjà retenue, il n'était plus possible de la modifier et le rassemblement fut donc prévu dans la salle polyvalente. La salle de deux cents places était modeste, mais il était toujours possible de tasser un peu plus les sièges, de faire asseoir les bambins sur les genoux des parents ou d'installer un haut-parleur dans la cour pour tous ceux qui ne pourraient pas tenir dans la salle, un peu à la manière d'une messe pontificale.

     Le jour venu, notre maire, son adjoint et la secrétaire de mairie arrivèrent à la salle, une demi-heure à l'avance. Six personnes attendaient déjà devant la porte, ce qui raviva les craintes. Chacun se salua car c'est une coutume très ancrée au village, même entre ceux qui ne s'apprécient guère. Puis, tout le monde entra et s'installa. Pendant que les gens discutaient de la pluie et du beau temps, le maire, un peu isolé à sa table de présidence, en profitait pour relire et griffonner quelque dossier sorti de sa mallette. Trente minutes après l'heure officielle du début de réunion, l'assemblée ne s'était pas étoffée d'un iota… Observant ses six concitoyens, le maire calculait mentalement le ratio entre ses huit cents râleurs et le nombre de gens présents. Entre deux retenues mathématiques, il bénissait aussi la Fête du Livre de lui avoir évité de passer pour un mégalomane irrécupérable…

      Il invita son adjoint et sa secrétaire au silence et se racla la gorge pour que les autres s'approprient aussi l'invite. Il rappela brièvement les soucis communaux, déclara la réunion ouverte, remercia les présents et regretta le manque d'intérêt des autres. Puis, comme c'était le but de la réunion, il invita chacun à s'exprimer.

     Dans toutes les réunions publiques, ce « passage de main » est traditionnellement suivi d'un silence de mort qui peut se transformer rapidement en brouhaha incompréhensible, dès qu'un participant trouve le courage de se lancer. Cette réunion ne transigeait pas à la règle et il fallut titiller le plus facile à décider :

     « Alors, Paul, lança le maire. Comment vois-tu les choses ?

     — Eh bien… Moi, je suis quelqu'un qui voyage beaucoup, comme chacun sait. Et ce que chacun ne sait peut-être pas, c'est la difficulté d'aller d'une ville à l'autre, dès lors qu'elles ne sont pas sur le réseau autoroutier… »

    Chacun était suspendu aux lèvres de Paul. Qu'est ce que ce V.R.P. en produits pétroliers allait bien raconter ? Certains souriaient, s'amusant à l'avance de l'invention promise et d'autres, comme Julien, commençaient à froncer les sourcils. Paul reprit :

     « Vous savez tous que nous sommes sur l'axe Nevers Chalon-sur-Saône. Sachez aussi qu'entre Le Creusot et Nevers, c'est la galère ! »

      Tout heureux de sa rime, Paul attendit quelque rire qui ne vint pas. Un peu déçu, il enchaîna :

     « Il y a pourtant la solution : créer une route à quatre voies qui relierait les deux villes en passant par notre vallée Est-Ouest. Ce chantier gigantesque occuperait nos entreprises de terrassement. En même temps, cela amènerait des clients à l'hôtel et au restaurant du village, bref ça créerait la richesse qui nous manque !… »

     La secrétaire nota et le maire intervint :

     « D'accord, Paul. Mais ton projet n'est viable que si la Région est intéressée et si les autres communes l'acceptent aussi ?

     — Commençons d'abord et vous verrez que les autres suivront ! »

   Ne voulant pas vexer Paul qui n'avait pas compris que sa première objection visait à dénoncer ce projet irréaliste, le maire précisa :

     « Ce sera dur de lancer une telle tranche de travaux puisque nous n'avons pas de ressources. On tourne en rond…

    — Ben moi, je suis contre cette idée ! intervint Julien. C'est simplement le délire loufoque d'un gars qui cherche à placer ses billes. »

     Puis s'adressant à Paul :

     « Je parie que tu as déjà prévu d'implanter une station service où tu vas fourguer tes huiles et ton essence ? Et tu vois un peu la vallée avec un morceau de quatre voies qui la couperait en deux ? Avec le raffut que ça ferait si ça se termine un jour ? »

     Paul fit la gueule, vexé de s'être fait démonter son projet par cet écolo de Julien. En plus, son projet secret de fortune locale était gravement compromis ! La secrétaire notait toujours et le maire réclama le silence car le brouhaha prévu était bien au rendez-vous. Quand il eut ramené le calme, il continua :

      « Bon. Une autre idée peut-être ?

    — Ben oui, tiens ! lança Julien. Si on veut désenclaver et créer du travail, c'est une ligne TTGV* qu'il faut construire entre Nevers et Le Creusot. Ca relierait aussi Nevers à Lyon et tout le monde serait content !… Et c'est bien connu, le train pollue moins que l'auto. »

     La secrétaire nota et le maire commenta :

    « Oui, pourquoi pas, Julien. Mais c'est une décision qui ne dépend pas de nous. Maintenant, si elle est retenue, je peux en parler au député et au préfet… Une autre idée ? »

     Le seul jeune de l'assemblée intervint :

     « Vous me faites marrer avec vos moyens de locomotion dépassés qui ne peuvent être réalisés sans d'autres communes. C'est un aéroport qu'il nous faut ! »

      Quelques rires gras se firent entendre.

     « Je ne rigole pas. renchérit le jeunot. Tous les aéroports actuels sont saturés et nous pourrions aussi servir de dégagement pour celui de Lyon-Saint-Exupéry. Avec le TTGV* à dix minutes, c'est du gâteau… En plus, je fais suffisamment d'U.L.M. pour savoir que les vents dominants soufflent dans le même sens que notre vallée principale. Les collines qui la bordent absorberaient le bruit pour faire plaisir à Monsieur Julien et, avec les taxes d'atterrissage, nous serions riches… »

    L'assistance resta sans voix devant une telle démonstration. La tête encore pleine du rugissement des réacteurs en surchauffe, le maire relança le débat.

     « Qui a une autre idée ?

    — Moi ! intervint Arsène. Nous pourrions construire un parc zoologique. Je suis prêt à fournir quelques animaux de ma ferme pour commencer et à les louer à prix préférentiels pour la commune. On pourrait aussi construire des toboggans, des balançoires…

     La secrétaire nota le zoo et les balançoires…

    Se demandant si Arsène ne serait pas une bonne bête curieuse à mettre en cage dans son zoo, le maire ne commenta pas l'intervention.

      « Autre chose, mes amis ? »

      Thierry, un pêcheur hors pair, prit la parole.

      « Il faut noyer le problème… »

      Comme la suite ne venait pas, le maire demanda :

      « Pardon, Thierry ?

     — On noie dans l'eau ! La vallée est large et profonde, elle est parcourue par une rivière qui débite bien toute l'année. Alors on monte un barrage, on fait tourner une turbine et on vend l'électricité à Eclair2**. En plus, ça ferait un plan d'eau magnifique, on pourrait créer un parc aquatique, un site de pêche exceptionnel et même un petit parc d'attraction à proximité avec les bêtes d'Arsène pour lui faire plaisir… »

      Arsène explosa :

      « Et nos terres ? Et nos fermes ?

     — Les terres ? rétorqua Thierry. Vous en avez dix fois plus que vous ne pouvez en exploiter ! Il en restera bien assez au-dessus du barrage ou dans l'autre vallée ! »

      Rouge de colère, Arsène se leva, prêt à corriger Thierry…

      « C'est toi qu'on va noyer si tu continues de lancer des idées pareilles ! »

     La secrétaire notait en levant les yeux par-dessus ses lunettes, désirant voir arriver à temps les chaises qui risquaient tôt ou tard de se transformer en projectiles. Le maire calma les esprits comme il put.

      « Allons, allons ! Chacun est libre de s'exprimer et, de toutes façons, c'est le peuple souverain qui décidera. Quoi d'autre ? »

      Après la proposition qui avait failli tourner au pugilat, l'enthousiasme des intervenants s'était subitement calmé. C'est donc le maire lui-même qui lança son idée.

      « Je pourrais peut-être proposer notre commune à des entreprises qui cherchent à se délocaliser ?

      — Des bien polluantes de préférence ! » railla Julien.

     C'est à ce moment que la petite voix de Lucille se fit entendre. Depuis le début, elle avait écouté sagement les idées exprimées par les autres et elle s'était décidée à lancer la sienne.

      « Et si nous construisions un parc floral ? »

      Des « Tsss » et des « N'importe quoi ! » se firent entendre. Ceux qui ne disaient rien affichaient un sourire goguenard…

      « Messieurs, laissez-la s'exprimer ! s'exclama le maire.

     — Un parc floral, ça ne pollue pas comme des voitures, un TTGV* ou des avions. Ca ne défigure pas le paysage non plus et, si c'est bien géré, ça peut créer des emplois, se visiter et rapporter de l'argent… »

      Les considérations écologiques du propos avaient touché Julien. Il ajouta :

      « Eh bien moi, je ne la trouve pas si mauvaise que ça, cette idée…

     — Tu parles ! Des trucs de bonne femme ! Des fleurs !… Qui viendrait voir ça ? lança Arsène. Et où faire ce jardin ? Il n'y a pas d'espace libre dans la commune !… »

      Thierry vint au secours de Lucille :

      « Elle, au moins, elle a une idée intéressante. Pas comme toi qui ne sais que critiquer ou proposer tes poules ! À La-Celle-en -Morvan, ils ont un petit parc qui se visite. Ici, nous pourrions faire quelque chose de beaucoup plus grand et d'ombragé. Le coin idéal pour les week-ends des citadins… Et je verrais très bien ce parc le long de la rivière…

     — Et nos terres ! tonna Arsène.

     — Tes terres ! Tu sais dire autre chose ? On t'en prendrait moins que pour le barrage !...

   — Et on pourrait construire des passerelles pour que les vaches d'Arsène puissent toujours accéder à la rivière, précisa Lucille. L'investissement de départ peut être tout petit et on le ferait grandir avec les recettes… »

     Le maire hochait doucement la tête. La dernière phrase avait fait mouche dans sa tête de gestionnaire avisé… Finalement, les six habitants présents s'étaient exprimés et il y avait quelques idées d'avenir à soumettre à l'ensemble de la population. Par principe, notre maire demanda :

      « Tout le monde a donc parlé. Quelqu'un a-t-il quelque chose à ajouter ? »

      Devant les moues affichées, il enchaîna :

      « Bien. Je vous remercie pour les propositions que vous avez faites. Comme prévu, elles seront soumises à référendum dans le mois qui suit. La réunion est donc terminée et je vous souhaite le bonsoir. »

      Chacun regagna ses pénates, persuadé que son idée était la bonne et que celles des autres étaient nulles, car ainsi va la vie.  Le maire rendit compte de sa réunion au sous-préfet et organisa le référendum communal avec six choix possibles, Julien ayant retiré son projet de TTGV*. En attendant la date fatidique, la plupart des propositions furent discutées et vantées par leurs auteurs, dans un zèle électoral à faire pâlir un député acharné.

      Le jour venu, le maire eut la satisfaction de constater que ses concitoyens, même s'ils refusaient d'apporter des idées, étaient prêts à les choisir car la participation au vote était très honorable. Au dépouillement de dix-huit heures, il fallut bien constater que certains, tels des potaches attardés, en avaient profité, une fois de plus, pour se défouler lâchement. De nombreux gugusses ornés de légendes peu équivoques exprimaient des activités plus ou moins honorables susceptibles de rapporter de l'argent…

     Il y avait, sur la grande table du conseil, six emplacements qui recueillaient les bulletins exprimés. Au fil de l'ouverture des enveloppes, il ne faisait pratiquement aucun doute que le parc floral avait remporté le choix des électeurs.

      Il y eut finalement cinq bulletins pour le zoo (la famille d'Arsène comptait aussi cinq membres), trois pour Paul et sa route à quatre voies (ils étaient trois, chez Paul…), huit votes pour le barrage (c'était aussi le nombre de permis de pêche vendus cette année là). Six électeurs avaient choisi l'aéroport (il y avait six jeunots au club ULM), une dizaine de voix s'était portée pour la délocalisation d'usine et tout le reste, c'est à dire quatre cent cinquante-six voix, optaient pour le parc floral…

   Le maire annonça officiellement le résultat du scrutin à toute l'assemblée et, pour la première fois, un tonnerre d'applaudissements ponctua un résultat électoral dans notre petit village.

      Il fallait se mettre aussitôt au travail. Le maire se démena comme un forcené, faisant jouer pleinement son talent. Il implora des subventions aux conseils départemental et régional, à l'Etat et à Bruxelles, bref, partout où il pouvait grappiller des picaillons. Il envoya une délégation à Coëx pour y visiter son parc et recueillir les avis et conseils du maire local et créa immédiatement deux emplois de gérants-horticulteurs-paysagistes. Deux jeunes du village, spécialisés dans ces domaines, se portèrent candidats et furent retenus.

    Tout alla ensuite très vite. Pelleteuses et bulldozers façonnèrent le terrain sur trois hectares, on installa deux passerelles pour les vaches d'Arsène et on clôtura soigneusement le site, toujours pour les vaches d'Arsène. Bien sûr, la première année fut difficile. Le chantier avait largement amputé les subventions obtenues mais nos deux jeunes avaient réussi, avec de petits moyens financiers, à créer un site attractif. Le maire en profita pour inviter le président du conseil général qui, après la visite commentée du parc et un repas très arrosé à l'auberge du village, promit inconsidérément la reconduction des subventions tant que l'affaire ne pourrait s'autofinancer. Heureusement pour lui, ce fut chose faite la troisième année...

    Une serre de production ainsi qu'une autre pour l'hivernage des plantes méditerranéennes avaient été construites. Elles permirent toutes les productions en local et générèrent deux embauches supplémentaires. La réputation du parc commençait à franchir les limites du département. Il fallut rapidement créer un parking conséquent pour les nombreux bus et véhicules particuliers qui déferlaient. Même en hiver, on pouvait profiter du site en visitant la magnifique serre de collection.

     Le restaurant de l'auberge tourna à plein régime toute l'année et l'hôtel ne désemplit plus. Les ressources liées aux entrées du parc dépassèrent les prévisions les plus optimistes et permirent au village de vivre confortablement.

     Au fil du temps, il fallut agrandir le site. Il emploie aujourd'hui sept personnes et couvre huit hectares de magies florale et paysagiste, visibles depuis tous les sentiers rouverts par le conseil municipal et serpentant jusqu'aux sommets des collines. Bien sûr, quelques petits commerces locaux se greffèrent sur le parc et le maire ferma gentiment les yeux sur leur aspect parasitaire. Entre autres, on peut y acheter, à prix d'or, des œufs et des fromages biologiques vendus par un agriculteur jovial et épanoui expliquant, à qui veut l'entendre, que ce parc magnifique a été créé un peu grâce à lui…

      Ce village avait été moribond dans mon passé. À présent, il rayonne d'une renaissance enviable, totalement orientée vers la beauté et le respect de la nature. De nombreux jeunes ont pu s'y installer et Saint Symphorien est devenu l'avenir de leurs petits-enfants...

 

* Depuis plusieurs années, les Trains à Grande Vitesse n'allaient plus assez vite et on avait construit des Trains à Très Grande Vitesse.

** Filiale de Télé2 qui s'est lancée dans la vampirisation du marché de l'électricité, dès qu'E.D.F. fut privatisée.

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